Dans ce dossier, nous vous proposons de découvrir quatre domaines où la recherche française est très active :
Les conférences de consensus de Chester (Royaume-Uni, 1986, 1991) ont proposé la définition suivante des biomatériaux, généralement admises par la communauté scientifique et médicale : « matériau non vivant, utilisé dans un dispositif médical et conçu pour interagir avec des systèmes biologiques, qu’il participe à constitution d’un appareillage à visée diagnostique ou à celle d’un substitut de tissu ou d’organe, ou encore à celle d’un dispositif de suppléance (ou assistance) fonctionnelle ». Le biomatériau à proprement dit désigne le constituant d’un matériel de soin ou de suppléance : acier, chrome-cobalt ou alliage de titane pour les prothèses de la hanche, par exemple, auquel il faut ajouter dans ce cas les ciments acryliques ou les produits ostéoconducteurs permettant l’accrochage de la prothèse.
Les matériaux utilisés
On peut en distinguer quatre grandes classes : les métaux et alliages métalliques (acier inoxydable, titane, cobalt, chrome, molybdène, tantale…), les céramiques (alumine, zircone, hydroxyapatite, phosphate tricalcique…), les polymères (fonctionnels ou résorbables), les matériaux d’origine naturelle (porites de corail, chitine, fucanes, dextranes, cellulose, collagène…). La recherche travaille également à mettre au point des composés matriciels intégrant la culture in situ de cellules souches, afin de régénérer un tissu ou un organe lésé. On parle alors de matériaux hybrides.
Un biomatériau utilisé à des fins médicales est soumis à de nombreuses contraintes. Elles concernant en premier lieu la santé du patient : la prothèse ou l’implant ne doit pas susciter d’infection, de réaction inflammatoire ni de rejet (tolérance immunitaire), de même qu’elle ne doit pas rejeter dans l’organisme des substances toxiques ou cancérigènes. Le matériau doit être stérilisé avant usage, ce qui suppose qu’il résiste à certaines interventions physiques (radiations ionisantes), chimiques (oxyde d’éthylène par exemple) ou thermiques. Une fois disposé dans l’organisme, ce matériau doit faire face à des contraintes mécaniques (millions d’ouverture et fermeture d’une valve cardiaque, ou résistance d’une articulation de hanche à une charge représentant 3 à 10 fois le poids du corps selon le type de mouvement), ainsi que des contraintes chimiques et biochimiques (le milieu vivant est riche en eau et en substances corrosives ou oxydantes).
Initialement, la définition de la biocompatibilité d’un matériau était essentiellement négative (ne pas induire de risque infectieux, immunitaire ou tumoral). Mais l’enjeu principal de la recherche est d’obtenir une biocompatibilité active, c’est-à-dire une bonne adaptation de l’organisme à l’introduction d’une nouvelle contrainte locale (l’implant) et une réponse appropriée en vue des fonctions déficientes à restaurer. Cette interface vivant-matériau est l’objet d’une recherche naturellement pluridisciplinaire : sont convoqués à l’optimisation des biomatériaux les modèles mathématiques et informatiques, les sciences des matériaux, la mécanique des fluides et des solides, l’anatomie, la biologique moléculaire, cellulaire et structurale, la chirurgie…
Canal U, Conférence (texte et vidéo) de Laurent Sedel, chirurgien orthopédiste (Hopital Lariboisière), ancien président de l'Intercommission 1 Inserm (suppléance fonctionnelle, biomatériaux, handicap), 2000.
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