Rattachée à l’université de la Méditerranée (Aix-Marseille 2), l’unité Inserm 891 est implantée sur le site de l’Institut Paoli-Calmettes, l’un des grands centres français de prise en charge du cancer. Comme Daniel Birnbaum, qui y dirige l’équipe Oncologie moléculaire, "la proximité de l’hôpital fait que nous sommes au contact des médecins, et donc des malades. Ici, nous avons une chaîne continue qui mène des prélèvements sur le patient jusqu’à la recherche sur les tumeurs". Logiquement, l’activité du laboratoire se concentre sur le recrutement de l’hôpital : cancers du sein, cancers digestifs et tumeurs hématologiques (hémopathies myéloïdes chroniques et aiguës).
Le maître-mot de la lutte contre le cancer ? Hétérogénéité. Donc diversité des pathologies et des traitements. "C’est notre cheval de bataille, explique Daniel Birnbaum. Un cancer du sein correspond en réalité à une dizaine de maladies différentes. Seule une étude approfondie sur le plan génétique et cellulaire permet de caractériser chaque tumeur pour chaque patient." Les équipes travaillent ainsi à répondre à deux questions : Quelles sont les altérations génétiques impliquées ? Quelles sont les cellules prioritairement touchées ? Les chercheurs de l’unité Inserm 891 ont ainsi montré que les cancers du sein sont issus de certaines cellules souches, et que ce sont elles qu’il faut éradiquer. "Imaginez un essaim d’abeille : tant que la reine-mère est là, la ruche se recomposera. Dans le cas du cancer du sein, et d’autres, on peut réduire la masse tumorale par des traitements, mais si les cellules souches génétiquement altérées survivent, elles produiront immanquablement rechutes et métastases."
L’objectif de ces travaux est clair : parvenir enfin à la fameuse "médecine personnalisée". C’est-à-dire dresser une carte génétique et cellulaire de chaque cancer, permettant d’adapter le traitement. "Nos travaux ont un intérêt nosologique, c’est-à-dire une classification plus fine des cancers, mais également thérapeutique : on parvient de mieux en mieux à pronostiquer la réponse d’un malade à un traitement disponible sur le marché. En même temps que l’on cherche en permanence de nouvelles cibles pour tester des candidats-médicaments", explique Daniel Birnbaum. Et il prend pour exemple la pratique biomédicale dans le domaine des maladies infectieuses : "En infectiologie, on analyse un échantillon et l’on obtient rapidement un antibiogramme précis. Dans la lutte contre le cancer, nous aurons fait de grands progrès quand nous pourrons produire pour chaque malade un tumorogramme capable de guider le médecin."
Le premier Plan cancer a eu des effets très bénéfiques pour avancer vers cette médecine personnalisée, avec une meilleure organisation de la recherche et le rassemblement de compétences très diverses autour de cohortes assez larges de malades. "De nombreux défis restent à relever, conclut Daniel Birnbaum. Lutter contre les inégalités est assurément un enjeu sociétal important ; mais ne nous trompons pas de cible prioritaire : mieux comprendre la maladie demeure l’étape cruciale pour mieux soigner les malades."
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